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Procès de l'assassinat de Samuel Paty: Abdelhakim Sefrioui se défend de radicalité religieuse
information fournie par AFP 30/01/2026 à 18:43

Un portrait du professeur assassiné Samuel Paty au collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, Le 16 octobre 2023 dans les Yvelines ( POOL / Bertrand GUAY )

Un portrait du professeur assassiné Samuel Paty au collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, Le 16 octobre 2023 dans les Yvelines ( POOL / Bertrand GUAY )

Le militant qui avait participé aux vidéos s'en prenant à Samuel Paty, Abdelhakim Sefrioui, accusé d'avoir suscité un "sentiment de haine" conduisant à l'assassinat de l'enseignant, s'est défendu vendredi de toute radicalité religieuse, à rebours du témoignage que sa fille avait livré la veille à la cour d'assises.

"Mon père a obligé ma mère d'arrêter d'enseigner parce qu'elle portait le voile": la phrase a été rapportée vendredi par la présidente de la cour d'assises de Paris, reprenant les mots de la fille aînée de l'accusé Abdelhakim Sefrioui prononcés à la barre la veille à huis clos.

Lors de ce témoignage inédit - elle avait préféré fournir un courrier lors du procès de première instance -, cette femme de 35 ans a encore décrit son père comme "le gourou d'une secte", avec des "violences physiques", "verbales", se rappelant "la façon dont elle a dû apprendre la religion" et "porter le voile à l'âge de 9 ans".

Dans le box des accusés, le père de famille de 66 ans récuse en bloc: "ce qu'elle a dit, c'est aux antipodes de ce que disent tous les gens qui m'ont rencontré".

Au cinquième jour d'audience, le procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty se révèle laborieux, accumulant déjà les retards. Et ce, même si les témoignages d'Eric Dupond-Moretti et Laurent Nuñez, respectivement garde des Sceaux et coordonnateur national du renseignement lors des faits en octobre 2020, réclamés par une partie de la défense, n'auront finalement pas lieu.

Une certaine électricité règne en outre dans la salle d'audience du palais de justice de Paris, au gré des innombrables passes d'armes entre l'accusation, les avocats des parties civiles et ceux des quatre accusés.

Parmi eux, Abdelhakim Sefrioui, condamné en première instance à quinze ans de réclusion criminelle.

Il est poursuivi pour avoir élaboré et diffusé des vidéos virulentes contre l'enseignant d'histoire, prenant pour argent comptant les accusations de discrimination formulées par l'une de ses élèves - le père de cette dernière, Brahim Chnina, est à ses côtés dans le box.

Le 16 octobre 2020, quelques jours après la diffusion de leurs diatribes sur les réseaux sociaux, Samuel Paty était décapité devant son établissement de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par Abdoullakh Anzorov, un Tchétchène abattu par la police juste après son crime.

- Déscolarisation -

Sans encore évoquer les faits, la cour s'est penchée vendredi sur la "personnalité" de Abdelhakim Sefrioui.

Le Marocain raconte une arrivée en France au mitan des années 80 pour suivre des études supérieures, un bac+2 obtenu à l'université du Mans, où il rencontre celle qui deviendra son épouse, Nelly, "chrétienne", qui se convertit rapidement à l'islam.

D'abord "maître auxiliaire" dans les lycées, celui qui a entre temps acquis la nationalité française ouvre une librairie en 1998 à Paris, rue Jean-Pierre-Timbaud, réputée depuis pour être un épicentre de l'islam radical.

"On diffusait des livres de littérature et de culture arabe en général; dedans, il y a de l'islam aussi", convient Abdelhakim Sefrioui, insistant sur les ouvrages "de poésie" ou l'adaptation d'une thèse "soutenue à la Sorbonne" sur la morale du Coran.

Une deuxième expérience de libraire, près de dix ans plus tard, à Evry, le lie à un associé depuis condamné pour association de malfaiteurs terroriste. "Jamais à l'époque je n'ai constaté une radicalisation de sa part", tempère-t-il.

L'ambiguïté quant aux convictions profondes de l'accusé redouble lorsqu'on aborde sa vie familiale.

Cette épouse, enseignante d'anglais, qui ne retourne pas travailler après la naissance de leur premier enfant ? "Je voulais qu'elle y retourne !", jure-t-il. Même s'il s'est satisfait qu'elle "s'impose de jouer le rôle du ministère de l'Education nationale" lorsque décision a été prise de déscolariser les trois enfants, dont l'influence de leurs fréquentations dans les cours de récréations a été jugée néfaste.

Abdelhakim Sefrioui a encore un passé associatif chargé, notamment à travers des structures qui gèrent des mosquées. "Mais je n'ai jamais eu de fonction d'imam !", insiste-t-il.

Quant au collectif qu'il a fondé, baptisé du nom du prédicateur marocain Cheikh Yassine, c'était pour rendre hommage à "l'une des idoles du monde arabe, cet homme tétraplégique emprisonné, torturé", explique-t-il. L'organisation, réputée pro-Hamas, a été dissoute le 21 octobre 2020.

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